Discours de M le Maire de Brétigny sur Orge

Monsieur le Député, cher André Santini,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs les officiers, sous-officiers, hommes du rang,
Mesdames, Messieurs,

Général, Madame,

Madame le Général, vous avez été élevée à la dignité de Grand Croix de la Légion d'honneur et élevée à la dignité de Grand Croix de l'Ordre national du Mérite ; vous avez reçu tant de citations durant votre carrière que bien d'autres avant moi – et mieux informés que moi – ont eu à chanter vos exploits et à souligner vos mérites partout sur ce continent et vous avez même été personnellement invitée en Russie le 9 mai dernier pour célébrer le 70e anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie. Madame le général, permettez-moi toutefois d'ajouter maintenant un nouvel et bref éloge au chœur de louanges qui partout vous accompagne. C'est que voilà, le conseil municipal de Brétigny, sur la proposition de Christiane Lecoustey, le premier de mes adjoints, a souhaité vous honorer en donnant votre nom à cette place qui est le trait d'union entre ce qui fut naguère votre terrain d'aventure et ce qui est devenu le terrain de tous nos espoirs, de toutes nos aventures à venir : le centre d'essais en vol.

J'ai choisi de privilégier dans cet éloge le début de votre carrière pour deux raisons.
La première est que je crois que cette promesse de l'aube dit beaucoup de ce que vous deviendrez et de ce que vous êtes. N'avez-vous pas soutenu une thèse de médecine sur le parachutisme qui signe une passion venue de l’enfance et qui ne vous a pas quitté ?
La seconde tient au calendrier des cérémonies officielles de la République qui fait que nous autres les maires prononçons des discours pour le 11 novembre 1918, pour commémorer le 8 mai 1945, ou en souvenir du 19 mars 1962. Mais il manque à nos cérémonies une célébration de ce que furent les combats d'Indochine. Je crois pourtant que notre armée encore aujourd'hui reste marquée avant tout par le souvenir, le respect, l'admiration que bien des officiers, mais aussi bien des civils, éprouvent pour les combattants de ces années-là et singulièrement pour le sens du sacrifice absolu qui y fut convoqué.

Mais commençons par le nom de cette place. Place Général Valérie André.
Vous avez toujours insisté sur cette règle militaire, Madame, le souhait qui est le vôtre, même dans un cadre civil, de vous faire appeler général sans e. et même j'ai noté qu'au milieu des années soixante-dix les journalistes vous appelaient Mon général sans que personne ne sourcille. 
C'est une bizarrerie aux jeunes oreilles qui viennent d'apprendre il y a peu que l'on doit dire “Madame la Professeuuuuureee”, ou “Mme la Procureuuuuuureee”, et, à vous qui avez écrit des livres, “Mme l'auteuuuuureee” selon une évolution grammaticale certes condamnée par l'Académie française pour de très fortes raisons, mais imposée par des décrets qui voudraient nous faire croire que penser autrement est un crime contre l'égalité femme-homme qu'il conviendrait de punir avec sévérité !

C'est que votre choix, “Madame LE général”, vient d'une époque où le féminisme – qui avait bien des combats difficiles à mener et qui se vivait selon des formes variées – le féminisme donc exigeait, tout au contraire, que l'on masculinise toutes les fonctions et que l'on dise “Madame LE Président”, ou “Madame LE ministre” Personne alors n'aurait pensé à s'adresser différemment à Mme Françoise Giroud qui était ministre et qui portait les 100 propositions pour les femmes l'année même où vous fûtes promue Général,
Chacun disait donc alors “Madame le général” et même, en s'adressant à vous, dans votre cas toujours un peu particulier : “Mon général”. Une formule moitié naturelle, moitié erronée que vous ne jugiez pas utile de condamner.


C'est que vous aviez une idée claire en tête et, selon vous, sur le navire encore fragile de l'émancipation des femmes qu'étaient les années cinquante et soixante, votre démarche a consisté à lever les obstacles non par une tocade grammaticale mais par l'action, par le mérite, par le refus opiniâtre de toute aide extérieure.


L'action.
Vous l'avez menée là où votre goût pour elle vous a menée : au cœur de la jungle, dans les djebels algériens ou aux essais, à Brétigny-sur-Orge.

C'est par l'action que vous avez su faire évoluer les regards dans un milieu, un monde ou même dans deux – l'Armée et la médecine – dont on conçoit encore aujourd'hui qu'ils aient pu être naguère masculins et un peu misogynes.

Jeune, vous saviez que votre vie serait faite non pas d'explications mais d'exemples et dans le regard de beaucoup d'entre nous et de bien des personnes que vous avez rencontrées, vous êtes devenue un modèle, une icône.

D'abord, le regard des blessés que vous alliez chercher au péril de votre vie dans l'enfer et que vous sortiez des zones de combat sur les brancards de votre Hiller 360 pour les ramener vers des hôpitaux improbables. On peut imaginer certains de ces hommes dont vous redoutiez qu'ils ne fussent trop lourds et qui, affaiblis par les parasites, rongés par la fièvre, anéantis par la douleur de leurs blessures, vous regardaient en pensant que vous étiez leur dernière chance de les sortir de tout cela, c'est-à-dire leur dernière chance tout court.

Chacun ici doit bien comprendre ce qu'était un hélicoptère de secours au début des années cinquante lors des premières de vos 500 missions de combat. De marque Hiller et de fabrication américaine ce n'était qu'une frêle verrière, un moteur insuffisant, l'obligation de conserver le bras en l'air pour tenir le manche chromé qui venait directement d'en haut et un brancard extérieur de chaque côté. On peut se rendre au Musée de l'air pour mieux réaliser ce qu'ils sont. 

Les blessés de nos rangs ou les prisonniers, que vous traitiez à l'identique, y étaient sanglés en ne pouvant voir que le ciel, les pales, et le visage du pilote, de sorte que les blessés, pris dans les vapeurs des anesthésiants morphiniques et de l'essence mélangée, aient pu confondre ces trois éléments le ciel, les pales, et le visage du pilote et vous aient alors soudain pris pour ce que vous étiez vraiment à ce moment-là : un ange.

Un ange qui sera décoré en 1952 de la légion d'honneur pour fait de guerre.

Les plus lucides ont dû se dire que votre frêle silhouette était ce qui garantissait le mieux une prise d'altitude rapide et par là même salutaire. Peut-être est-ce ce que s'est dit Santini – l'oncle de notre ami André le député-maire d'Issy les Moulineaux qui nous a fait l'amitié de sa présence et que je salue – Santini donc, votre instructeur taiseux, avare de tout compliment et dont vous trouviez que c'était bon signe quand il ne disait rien. Toujours est-il que c'est lui qui vous a fait confiance, il avait raison alors même qu'il savait que ses hélicoptères manquaient de puissance.

En tout cas, c'était là, dès son début, une carrière, la vôtre, qui allait changer le regard des médecins, des militaires, des hommes. À tel point qu'en Indochine les “biffins”, comme on les nommait alors, firent de vous la Marraine d'une batterie de DCA. C'était, à l'aube de votre carrière, une reconnaissance, d'un autre degré mais d'une même nature que celle qui nous réunit aujourd'hui.

Je dois dire ici pourquoi vous nous paraissez être un modèle, il ne m'appartient pas de rappeler toute votre carrière. Permettez-moi de citer quelques affectations où vous avez laissé une empreinte. Je pense à Boufarik dont la tour, les bâtiments, sont, à mes yeux, un chef-d'œuvre d'architecture militaire qui semble sorti du crayon de Le Corbusier.
Puis La Réghaïa comme médecin, chef,
puis Villacoublay,
puis vous êtes la première femme colonel
puis vous êtes la première femme général.
puis vous êtes la première femme à être élevée à la dignité de Grand Croix de l’ordre du mérite, quelques années plus tard, vous serez également élevée à la dignité de Grand Croix de la Légion d'honneur.

Quel parcours ! Quelle vie ! Vous avez ouvert les portes, vous avez bousculé les habitudes et les préjugés, vous avez dégagé la voie, vous avez montré le chemin, à de nombreuses femmes et à de nombreux hommes, qui ont été impressionnés par votre courage, par votre engagement, par votre passion.

Vous aviez conscience de ce que vous représentiez, de votre responsabilité à l’égard des autres, cela va vous conduire à la tête d'une section de forces assez spéciales, une sorte de groupement d'assaut qui prit pour nom "Commission Prospective de la femme militaire" et qui visait très clairement à faire ouvrir toutes les carrières militaires aux femmes, singulièrement à celles qui avaient pour modèle votre goût inégalé d'entreprendre.

L'action toujours fait que j'ai eu envie d'appeler cette place "DZ Valérie André".
"Drop zone Valérie André" mais cela ne semble pas tout à fait autorisé. Ce ne sera donc ici qu'une place mais une place importante pour nous car elle fait le lien entre la ville qui s'est rapprochée dans les années quatre-vingt – vous l'avez noté en arrivant – et l'ancien CEV qui est pour nous un souvenir et un espoir. Le souvenir d'un passé glorieux dont vous pouvez parler, auquel vous avez participé.
Et, pour nous, l'espoir d'un développement économique, d'un réveil, d'un élan dont nous avons besoin.

Madame le Général, les terrains de l'ancien CEV abritent aujourd'hui l'IRBA, l’institut de recherche bio-médicale des armées
Madame le Général, vous êtes médecin et vous savez ce qu'est la science militaire, avec l’IRBA ici Brétigny l'a appris et les Brétignolais sont fiers d'accueillir cet Institut d'excellence qui montre que la science militaire peut, dans ses domaines, être tout à fait à la pointe de la science tout court.


Nous sommes ici aux limites du continuum urbain de la région parisienne, les terrains de l'ancien CEV que nous avons en partage avec nos amis de Plessis-Pâté et d'autres communes encore offrent d'abord un espace, un vaste espace, ce qui est la vraie richesse de ce jeune siècle. Avec Sylvain Tanguy, maire du Plessis, et le Président Léonhardt, nous pensons que cette richesse ne doit pas être dilapidée ; nous ne voulons pas installer ici n'importe quoi, nous voulons réserver ce centre pour des activités d'excellence, si possible en lien avec le passé aéronautique. Voilà pourquoi je m'attache à y installer une “filière drone”.

Votre place, Madame le Général, est donc la rencontre de la ville et de l'action, du passé et du futur, de l'équilibre et de l'excellence, de la science et du courage.

Votre place, Madame le Général, guidera dorénavant les visiteurs de l’IRBA qui n’avaient jusqu’à aujourd’hui qu’une adresse très administrative : BP73 91223 Brétigny sur orge. Je salue l’impulsion du Médecin Général Garin, prolongée par le Médecin Général Felten, qui a notamment souhaité que l’entrée de l’IRBA ait une adresse digne de ce nom : 1 place Général Valérie André.

Médecine, armée. Vos vocations sont les nôtres.
Excellence, courage, opiniâtreté, passion, réussite, C'est tout ce que vous avez incarné et c'est ainsi que nous voudrions que soient qualifiés nos efforts pour relancer cet espace de l'ancien CEV.

Voilà, pour nommer cet endroit, Brétigny avait un choix important à faire, il l'a fait.
Chacun le mesure, nous n'avons pas choisi votre nom pour nous faire plaisir ou pour vous faire plaisir, bien que ce dernier motif eût été, en lui-même, suffisant ; nous avons choisi votre personne car nous voulions un symbole fort. Si j'étais présomptueux, je dirai que votre exemple nous inspire, au moins devrait-il davantage nous inspirer.

Le conseil municipal a donc pensé vous emprunter votre nom, que vous avez accepté de nous confier. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants.

Sur la liste des rues de Brétigny, vous retrouverez d'anciennes connaissances : je ne parle pas de Garros, de Guynemer ou de Saint Ex, ni de Mermoz ou Nungesser et Coli, je pense plutôt à :
• Hélène Boucher qui peut-être vous a servi de modèle, qui vous a précédée à Saïgon et dans le combat féministe,
• Maryse Bastié qui s'occupait des relations publiques du CEV en 1951 et qui périt dans un accident de Nord-Atlas alors qu'elle n'était pas aux commandes,
• “kostia” Rozanoff, mort aux commandes de son mystère IV,
• Jacqueline Auriol qui battait des records,
• le général Bonte qui longtemps dirigea le CEV,
• ou encore Christian Bove

Madame le général, nous allons maintenant dévoiler la plaque, votre plaque. Et ainsi entrera dans les faits le voeu de notre conseil que votre nom s'inscrive dans la mémoire des Brétignolais d'aujourd'hui et de demain, portant avec lui toutes les épopées, toutes les aventures qui ont façonné votre vie.


Mais les choses ne s'arrêteront pas là car, voulant prolonger ces instants où nous vous avons dit notre admiration et notre respect, nous avons également décidé de vous remettre la médaille de la ville. Cela peut vous paraître une distinction bien modeste, un peu terne à côté de vos Grand Croix, à Brétigny-sur-Orge, nous n'avons pas d'hôtel de Salm, nous n’avons pas de grande chancellerie, mais cette médaille représente notre affection et notre gratitude. En l'acceptant vous nous ferez très plaisir, vous me ferez très plaisir, car sitôt cette plaque dévoilée, je vous la remettrai et, vous la remettant, je ferai ce que j'avais grande envie de faire et ce que je n'ai jamais fait pour aucun général et que je ferai Madame le général, je me permettrai, avec un infini respect, de vous embrasser.