Sauvetage en Kabylie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 20 novembre 1957, il pleut depuis 3 jours. Tout est humide dans les maisons, les chemins sont impraticables et les oueds sont en crue.  Le vent souffle en rafale, la pluie tombe sans discontinuer, le plafond est bas et les sommets sont accrochés.   En début d'après-midi, le PC Air de Tizi Ouzou demande une Alouette II afin de sauver des militaires bloqués en mauvaise posture.

Des artilleurs du 93ème RAM ( Régiment d'Artillerie de Montagne) voyant la montée rapide des eaux ont voulu se réfugier dans la partie la plus haute du cantonnement de TAZMALT.  En traversant un bras mort réactivé par la montée des eaux, ils sont restés bloqués dans le GMC au milieu de l'oued. SEBAOU.  Les soldats risquent à tout moment d'être emportés par le courant.

Le niveau de l'eau atteint la ridelle supérieure du GMC.  Aucun moyen de génie sur place pour intervenir. Le sergent pilote Bernard BOUCHÉ et son mécanicien, le sergent Etienne QUATRELIVRE, équipage d'alerte, sont envoyés sur les lieux.

Jugeant la situation critique, Bernard me demande d'enlever la porte droite de l'Alouette et de m'installer derrière lui afin d'essayer d'arracher un à un les militaires alourdis par l'eau qui continue à monter rapidement.  Le camion est presque entièrement submergé.

Il fait très sombre, il pleut à verse et des vents forts gênent l'approche qui s'effectue entre des grands arbres.  Tenir un stationnaire dans ces conditions avec si peu de repères est difficile.  A la première tentative, les naufragés ne comprennent pas la manœuvre.  Aucun ne peut accrocher l'hélicoptère.  A la deuxième tentative, le premier arrive à saisir ma main et est hissé à bord (l'hélicoptère n'est pas équipé de treuil).

18 rotations périlleuses mènent à bien le sauvetage.  A l'issue d'une heure trente de vol et 25 atterrissages sur l'Alouette N°68, tous les hommes, les armes et le chien de guerre ont été sauvés.  C'est la rotation avec le chien de guerre qui a le plus inquiété l'équipage : quelle allait être la réaction de cette bête?  Elle a compris que ces hommes ne lui voulaient que du bien et tout s'est passé sans problème.  Peu après le dernier occupant hissé à bord, le GMC a basculé, disparaissant dans les flots.

A la fin de l'année 1957, l'équipage a été proposé 1 ère classe d'honneur du 93ème RAM.  Cependant jamais rien n'est venu... certainement oublié du fait de l'actualité dense du moment. (voir "Reconnaissance")

N.B. : extrait du journal LE BLED destiné aux militaires en AFN :

"Au cours de la semaine qui suivit ce sauvetage, le général DULAC est allé porter aux sauveteurs de la région de TIZI-OUZOU les félicitations du général SALAN et a été se rendre compte sur place des moyens à mettre en oeuvre pour réparer les dégâts matériels et réconforter les victimes".

 En son temps, HISTORIA Magazine a également relaté l'épopée des sinistrés.

E.Q.