Allocution du MGI Valérie ANDRE 

 lors de la commémoration par l‘Armée de l‘Air du centenaire du 1er décollage en France d’un hélicoptère

 (B.A. 128 Metz, 12-13 mai 2007).

COLONEL ALEXIS SANTINI (1914~l997)

En cette année de célébration du centenaire de l’hélicoptère, c’est avec beaucoup d’émotion que j’assiste à l’inauguration de ce bâtiment baptisé “Colonel Alexis SANTINI” pour honorer la mémoire du premier pilote d’hélicoptères des armées françaises. 

Incorporé en 1935 à l’École d’Istres, le brevet militaire de pilote d’avion est décerné le 1er mai 1939 au sergent Santini

Entré dans la Résistance à Nîmes au début de 1941, Alexis Santini crée le maquis de Crupies dans la Drôme et le commandera jusqu’en 1944. Après les combats contre l’occupant en Isère, il est cité à l’ordre de l’Armée, il rejoint l'Aviation des Alpes après la libération de Lyon et effectue de nombreuses missions de reconnaissance sur les arrières ennemis aux commandes de Morane 500. 

Sous-lieutenant en mars 1945, il est volontaire pour l’Indochine et accomplit sur Morane et sur Siebel, des missions de réglage de tirs, de reconnaissance et des évacuations de blessés. 

De retour en Métropole, il est convoqué à l’état-major de l’Armée de l’Air en octobre 1949 en vue d’un stage sur hélicoptère à la firme Hélicop' Air et recevoir des instructions pour l’utilisation de cet engin en Extrême-Orient, car c’est à l’initiative du Medecin Général, directeur des services sanitaires en Indochine, qu’une équipe de 2 pilotes et de 4 mécaniciens était sollicitée auprès de l’Armée de l’Air pour la mise en oeuvre des 2 premiers Hiller 360 acquis par le Service de Santé afin de renforcer les moyens d’évacuation des blessés sur ce vaste territoire. 

Le lieutenant Santini retourne en Indochjne en avril 1950 pour prendre le commandement de la 1ère Section d’Hélicoptères de l’armée de l’Air et va devenir le grand précurseur de l’emploi opérationnel de ce nouvel aéronef.

Il effectue la première mission le 16 mars 1950 en Cochinchine, pour enlever 2 blessés couchés, en forêt-clairière. Sa durée a été de 1 h 50 dont 1 heure de nuit et son succès très favorablement accueilli par les combattants qui redoutaient de ne pouvoir être soignés et opérés dans de bons délais en cas de blessure grave. 

Peu à peu la flotte des hélicoptères s’est enrichie par la livraison à l’armée de l’Air de Hiller plus puissants, de Westland Sikorsky S 51 et de Sikorsky  S 55 tandis-que pilotes et mécaniciens venaient étoffer les sections hélicoptères rattachées aux Escadrilles de liaisons aériennes de Saigon et de Hanoi.

Dès lors, le capitaine Santini se dépense sans compter pour la transformation opérationnelle des nouveaux venus. Faisant preuve d’une activité inlassable, exigeant, perfectionniste, courageux parmi les courageux, il ne savait se satisfaire que par l’excellence des résultats obtenus, comme en témoignent, pour l’Indochine, les 11193 blessés évacués, les 38 membres d’équipage sauvés et les 80 évadés de Diên Biên Phu récupérés. 

Après le cessez-le-feu, il se rend aux États-Unis, invité par les constructeurs américains, ce qui lui permet d’apprécier, en particulier, les performances du Sikorsky S 58. 

En janvier 1956, il est nommé commandant de l’École de formation des pilotes d’hélicoptères, la D.LH., basée au Bourget du Lac, qui compta jusqu’à 52 appareils, avec un taux de disponibilité de plus de 80 %.

Le recrutement des moniteurs parmi les anciens d’Indochine permit d’assurer la formation des élèves dans les meilleures conditions pour alimenter les 2 escadres d’hélicoptères de l’Armée de l’Air en Algérie, créées le 1er novembre 1956, l’E. H. 2 à Oran et l’E.H. 3 à Boufarik puis La Reghaïa. 

Le commandant Santini rejoint ensuite l’état-major de la 5ème Région aérienne à Alger en tant que responsable hélicoptères et s’implique à fond dans les opérations. 

Il active la création de support au profit des détachements d’intervention hélicoptères, dispersés dans toute l’Algérie durant des périodes assez longues, de 4 à 6 semaines, en pleine nature. Ces supports ont assuré aux équipages des conditions de vie acceptables, les libérant des soucis de soutien et de protection des appareils et des personnels de jour et de nuit 

Il quitte l’Algérie à la fin de 1962 pour être affecté à la F.A.Tac à Villacoublay en qualité de Directeur hélicoptères et commandos de l’Air. 

Le 31 octobre 1963, après 28 années de service actif dont 14 au profit des hélicoptères qui ont œuvré sans relâche en Indochine, en Algérie, au Bourget du Lac et dans les DOM-TOM, il est placé en congé du Personnel Navigant

 

Commandeur de la Légion d’honneur, 

Titulaire de 15 citations dont 10 à l’ordre de l’Armée, il a effectué plus de 6200 heures de vol en 868 missions.

Voilà le résumé de la riche carrière de celui qui a été mon compagnon d’arme pour devenir ensuite le compagnon de ma vie. Nous avons vécu ensemble une sublime aventure et je sais que lorsque j’irai le rejoindre, il m’aura préparé une zone de posé là-haut parmi les étoiles. 

Le colonel Alexis Santini laisse le souvenir d’un homme de devoir mais aussi d’un homme de cœur, qui a suscité autour de lui admiration et respect, amitié voire affection. 

Je remercie les nombreux Anciens ici présents, qui ont tenu à honorer sa mémoire, sans oublier ceux, qui ne pouvant plus se déplacer, sont avec nous, en ce moment, par la pensée. 

Mais la vie continue et je tiens à exprimer aux plus jeunes, aux élèves et stagiaires d’aujourd’hui et de demain, mes vœux les plus ardents pour qu’ils et elles puissent s’épanouir dans l’accomplissement de missions exaltantes.